Gérard Benoît à la Guillaume vit à cheval sur la frontière
franco-suisse du Jura ; cette montagne en partage est devenue
tout naturellement pour lui un terrain privilégié
d'investigations.
Les images pépites (celles qui sont à la
fois belles et bonnes) sont rares ; savoir qu'elles existent
quelque part est un excellent moteur de déclenchement. A la
façon d'un orpailleur, Gérard Benoît à la Guillaume tamise les
patrimoines régionaux qu'il s'approprie, tout en cultivant
leurs différences.
Ses photographies ludiques, graphiques, «arty», et son goût
pour les beaux livres orientent sa pratique et ses choix vers
des travaux d'édition au long cours.
Le sens du travail d'après Gérard Benoît à la Guillaume
"Parmi les nombreuses manières de
photographier, ce sont les aspects esthétiques et ludiques
qu'il me plaît de cultiver.
Si ma démarche se défend de tout intellectualisme, l'idée de la
photographie conçue comme défi technique ou témoin impartial du
réel me déplaît tout autant.
Deux questions m'importent : comment fixer, dans la petite
fenêtre sélective du viseur, la cascade de sensations qui me
traverse au moment de la prise de vue ? La seconde question
découle de la première : comment mentir le mieux possible ? Si
tant est que nous estimions, avec Joan Fontcuberta, que "la
photographie ment parce que sa nature ne lui permet pas autre
chose. L'essentiel devenant l'usage que fait de ce mensonge le
photographe, les intentions qu'il sert, le contrôle qu'il
exerce sur son mensonge" (Le baiser de Judas, photographie et
vérité).
Dans l'interprétation des sujets, on peut s'apercevoir de ma
reconnaissance pour les travaux d'Arman, de Christo, d'Andy
Goldworthy, des frères Robert, de Niki de St-Phalle ou de
Tinguely.
Suggérer plus que montrer, surprendre, interroger, amuser,
voici ma pratique "arty" de la photographie brute de
déclenchement.
Domicilié dans la montagne du Jura, c'est naturellement qu'il
me plaît de valoriser son patrimoine transfrontalier.
De Porrentruy en Suisse (Canton du Jura) à St-Rambert-en-Bugey
en France (département de l'Ain), mes "chouchous" se
succèdent : Viaduc de Cize-Bolozon, Bellecombe,
Fort-l'Ecluse, Château de Joux, Val de Travers, La Brévine, le
Creux du Van, la Chaux-de-Fonds... mais aussi la lunetterie, la
Montbéliarde, l'horlogerie, le bois, le déneigement, les
fromages, les boules neigeuses (!)... et ses habitants."
Gérard Benoît à la Guillaume
"La genèse et la vie des ombres blanches sont
le fruit de la rencontre de ma vie professionnelle et de mes
activités plastiques artistiques.
Je m'intéresse depuis toujours au mouvement humain (j'ai
enseigné l'éducation physique et sportive). En 1998, j'ai été
marqué par une chorégraphie avec des éléments de décors mobiles
en tôle ondulée galvanisée. A cette époque, j'apprenais la
sculpture depuis 5 ans à l'atelier « sculpt'à Bourg »; les
approches y étaient très diversifiées et permettaient toutes
les ouvertures. J'ai pratiqué les techniques d'assemblage à
partir de divers matériaux sans négliger le travail académique
à partir du modelage. Dans cette association, j'ai côtoyé un
artisan graveur et tailleur de pierre qui m'a permis de
travailler la pierre, et en particulier des plaques de marbre
et de granit : des 3 dimensions spatiales, je suis revenu à un
travail en plan plus proche du dessin. J'ai eu ensuite
l'occasion de récupérer une tôle ondulée à moitié rouillée et
j'y ai découpé à la scie sauteuse un premier petit personnage :
Lucy, j'avais bien l'intention de lui donner une famille ou une
descendance.
Cela a commencé en 2002, quand une équipe de l'atelier sculpt'à
Bourg a été contactée pour créer une expo à l'occasion de la
semaine de la musique et de la danse à Bourg en Bresse. Au
magasin de matériaux de construction où j'allais chercher à
cette fin des tôles galvanisées, j'ai trouvé des plaques de
polyester ondulé plus légères et plus riches du point de vue de
la lumière. A partir de dessins libres ou inspirés par les
photos publicitaires, de mode, artistiques, j'ai réalisé
quelques personnages échevelés, j'en ai maintenant 150 et je
continue à en produire épisodiquement.
Au gré des expositions, ils vivent, se blessent ou
meurent. Leurs blessures sont pour la plupart dues à l'usure du
temps et aux avatars de la météo. Parmi les rares dont le sexe
était visible, certains ont subi des mutilations de la part
d'humains qui, s'ils commettent ces actes sont probablement
mutilés quelque part ? Tous ces accidents ne sont pas trop
graves : le clonage est possible. De toute façon, aucune oeuvre,
aucune chose, aucun matériau n'est éternel, l'éternité c'est
l'affaire de la mémoire des hommes. Voir nos traces à travers
le temps, l'ombre des morts à travers les vivants."
Pascal Borgo
Avec la participation de :