Pâturage extensif

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Depuis 1999, l'association gestionnaire a mis en place un pâturage extensif dans les marais de la réserve naturelle. Sans expérience antérieure du gestionnaire sur ce type de gestion, le choix de l'espèce s'effectua sur des critères divers :
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rusticité : recherche d'une race résistante aux conditions délicates (humidité, sols peu portants, écarts thermiques importants, végétation peu appétente…) et nécessitant le minimum de soins possible (vie permanente et mise bas en extérieur…)
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docilité : exigence d'un conservateur allergique aux « rodéos »,
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sauvegarde d'une race rare.

Pour ces trois raisons, le Konik polski fut choisi et l'association acquit en 1999 un couple en provenance de Pologne (Tarla et Dlawik). Le troupeau s'est petit à petit étoffé, avec l'achat de deux juments en 2002 et la naissance depuis de nombreux poulains. Actuellement, il est constitué de 9 chevaux (5 juments et 4 mâles castrés).

Le pâturage extensif est un outil de gestion écologique de la réserve naturelle, sans aucun objectif économique, touristique, ou pédagogique… Les notions de « nettoyage » ou de « faire propre » sont totalement bannies de notre vocabulaire.
Les chevaux sont présents de mai à octobre dans la réserve naturelle, et passent l'hiver en extérieur dans une exploitation agricole proche, nourris avec du foin réalisé également au marais (voir la
page consacrée à la fauche).

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Objectifs du pâturage au marais

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La diversité biologique des milieux naturels est le seul objectif recherché.

Cet objectif est atteint sur certains secteurs naturellement, sans besoin d'intervention. Pour cette raison, le pâturage ne s'effectue que sur une partie (environ 50 %) des marais.

Le pâturage apporte une perturbation douce dans la durée (en comparaison avec la fauche, rapide et brutale), qui s'appuie sur trois outils essentiels :

  • la dent : en broutant, l'animal limite le développement de la végétation et donc sa décomposition sur place (qui engendre un enrichissement, souvent signe à long terme d'une modification et d'un vieillissement du milieu naturel). On peut imager en disant que le pâturage permet de stopper l'évolution naturelle du milieu, ou de le maintenir à un stade plus jeune. Ce phénomène est particulièrement net dans les milieux eutrophes (voir ci-dessous).

  • le sabot : en se déplaçant en milieu humide et mou, l'action mécanique du cheval entraîne une grande diversité de la micro-topographie du sol, en créant des petites dépressions de taille et de profondeur variables. L'hétérogénéité du sol est très importante pour la diversité floristique et entomologique.

  • le crottin : les excréments animaux, globalement dispersés, ont un rôle fondamental pour toute la faune coprophage, qui décompose la matière organique et sert de nourriture à de nombreux êtres vivants (oiseaux, insectes prédateurs…).

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Un point nous paraît ici essentiel à l'indispensable équilibre biologique des milieux précieux : l'absence totale de tout traitement anti-parasitaire. En effet, le pâturage extensif est mis en place pour favoriser la biodiversité présente, en grande partie représentée par l'entomologie. Dans les milieux de grande richesse environnementale (comme les zones humides de la réserve naturelle), la présence de molécules anti-parasitaires peut s'avérer catastrophique pour toute la faune coprophage et les êtres vivants qui s'en nourrissent. Dans la réserve naturelle du Lac de Remoray, les chevaux konik polski n'ont jamais été vermifugés depuis 1999 et sont en parfaite santé.

Effets induits par le pâturage

Les effets sont différents en fonction des groupements végétaux présents. Dans la réserve naturelle, 3 types de milieux sont concernés par le pâturage extensif :
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les bas-marais : milieux pauvres en matière organique (oligotrophes) et d'une extrême richesse (botanique et entomologique), les bas-marais sont pâturés avec beaucoup de précaution, de juillet à septembre. Ce pâturage n'est pas annuel et s'inscrit dans la rotation suivante :

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Le pâturage s'exerce donc une année sur quatre en bas-marais. On observe une augmentation globale de la richesse floristique. Le pâturage permet de contenir et faire régresser, par endroits, la molinie, le phragmite et les espèces de forêts et de sous-bois. Il favorise ainsi l'ouverture du milieu, positive localement aux espèces de bas-marais et aux espèces prairiales (dont certaines sont rares ou protégées).

- les cariçaies : milieux plus riches en matière organique (eutrophes), soumis aux inondations du lac et des cours d'eau, les cariçaies étaient en cours de fermeture par la Phalaridaie (Phalaris arundicea ou fausse phragmite). Le pâturage permet une régression très forte du Phalaris et une nette diversification au sol. L'impact est ici très positif pour l'ornithologie (notamment les bécassines), certaines plantes patrimoniales profitant également de l'effet pâturage (Grande douve par exemple).

- les mégaphorbiaies : milieux également eutrophes et très diversifiés au niveau botanique, les mégaphorbiaies peuvent être pâturées avec précaution. La présence automnale des chevaux toutes les trois à quatre années nous parait idéal.

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Plan de pâturage

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Annuellement, un plan de pâturage est élaboré pour adapter au mieux la présence du troupeau en fonction des exigences et des objectifs écologiques de chaque secteur. Les marais de la réserve naturelle restant de taille modeste, le pâturage s'effectue sur de petites surfaces (moins de 2 ha), avec des chargements assez fort ponctuellement (4 à 9 chevaux) et sur des durées assez courtes (en moyenne 15 jours). Un suivi quotidien permet d'intervenir si besoin grâce à des parcs gérés électriquement (batterie solaire et clôture très mobile).